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Les guerriers mongols

Entre 1890 et 1892, Edgar Degas métamorphose un nu  féminin en paysage. Les seins du modèle deviennent de douces collines, alors que la chevelure tombante se transforme en falaises abruptes dominant la mer.

C’est dans ce sens que Degas se distingue de bon nombre d’artistes qui ont abordé les métamorphoses ou encore les images à lecture simultanée, avant lui, mais aussi après…

Le corps (sujet majeur des peintres) et le paysage (sujet tout aussi important)  tous deux mêlés, comme une superposition d’images transparentes telles qu’on peut les voir aujourd’hui de manière si banale grâce au médium numérique.

Le corps de la femme est de nos jours, et plus que jamais, l’enjeu d’une quête de pouvoir et de possession. Tantôt trop voilé pour certains (peut-être à juste titre…), tantôt trop dévoilé pour d’autres (sans doute à juste titre aussi…), notre regard se pose quoi qu’on fasse, où que nous soyons, sur le corps féminin.

Notre société est ainsi faite…Le corps est en morceau dans les revues féminines, corps sans têtes, bouches sans corps, ventres culottés trop parfaits, les arrêts de bus abritent des corps sans jambes garnis de dentelles, le rayon le plus haut chez les buralistes dissimule mal une pornographie avilissante, etc… que dire du corps recoupé pour qu’il rentre dans le petit écran, celui qui, retaillé pour le grand et filmé en gros plan, nous fait passé pour des lilliputiens médusés…

La série de photos « les Guerriers Mongols » montre de petits personnages en plastique, posés sur des corps allongés. Ce sont de petits soldats avec lesquels je jouais quand j’étais petit.

Adolescent, j’ai été profondément marqué par le film de Pabst datant de 1932 : L’Atlantide avec Pierre Blanchard.

Les personnages masculins de cette histoire errent dans une cité perdue dans le ventre du désert. Tous sont désabusés, totalement perdus dans leurs rêves sans illusions. Ils sont tous sous la domination (et sous la protection) d’une reine toute puissante. Le tout baigné d’une lumière de cinéma disparue aujourd’hui…

Les « corps-paysages » vivants de mes photographies  sont gardés par quelques figurines dépourvues de chair et d’âme, inversant la logique naturelle d’une telle vision.

Le corps de la femme devient alors gigantesque et supporte de petits bonshommes ridiculement figés et inertes.

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